Le regard de Patrick Cottencin
Le regard de Patrick Cottencin

Il y a dans la peinture de Patrick Cottencin une énigme qui résiste au coeur même du plaisir qu'on peut avoir à la découvrir. La représentation fervente de son monde intérieur est toujours en lisière de réalités opposables qu'il parvient à maintenir dans un équilibre sensible qu'on ne saurait dire autre que magique. Entre impressionnisme et expressionnisme, entre violence et douceur, entre occupation totale de l'espace et ouverture sur l'infini de la matière rêveuse, entre révélation tournoyante et vol plané de l'oiseau repérant sa proie de beauté, cette peinture enchante la force de ses couleurs, la puissance de son mouvement. L'huile, chez Patrick, donne tout son relief au paysage, sert aussi bien à son immobilisation qu'à sa saisie intuitive. Deux principes sont simultanément actifs dans ses toiles, aussi bien par exemple la figuration que l'abstraction, l'acte de peindre et celui de partager, l'acte de donner et celui de recevoir avec générosité. 

Un immense lettré chinois du 17e siècle, que cite François Cheng dans son livre Souffle-esprit, Li Jih-hua, écrit à propos de la peinture des Anciens : " ... inversement, la solidité du fond n'entrave en rien le mouvement vivace de l'ensemble. Suivant les sujets, la composition peut être compacte, sans tomber dans le défaut de l'encombrement ; ou aérée, sans tomber dans l'inconsistance". Lisant ces lignes dans le temps même où je voulais écrire ce texte sur la peinture de Patrick Cottencin, il m'a vraiment paru qu'elles avaient été écrites pour lui, pour un peintre occidental du 21e siècle qui rêve sa peinture jour et nuit. Quels mystérieux yin et yang dialoguent dans ces tableaux où la lumière est judicieusement transparente, où la fraîcheur de l'air réveille l'esprit, où la même lumière peut déployer son ombre sombre, où les feuilles de l'air peuvent tournoyer à l'intérieur de l'esprit du peintre toujours en quête de la prochaine sensation.

Je parlais d'une énigme irréductible. Sans doute caractérise-t-elle tout artiste pour qui ce qui reste à saisir demeure essentiel. Les résonances intimes d'une oeuvre réussie sont de toute manière inépuisables; le peintre entreprend une nouvelle toile dans la mesure où son cheminement suit une trajectoire qui, à lui-même, reste partiellement inconnue. Je fais confiance à Patrick Cottencin tant sa palette ne cesse de vouloir prendre langue avec les forces virginales de la nature. Il en est le traducteur, l'officiant; il les porte en lui. Mais c'est aussi qu'à aucun moment il ne cherche à imiter la nature telle qu'on la perçoit de façon superficielle. La regardant, il se situe dans le mouvement de la création, emporté par cette infinie vitalité, la réinventant, se réinventant lui-même dans son propre regard.

A vous maintenant de laisser cette peinture dériver en vous.

  • Pierre Vandrepote